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Art et patrimoine pharmaceutique

17 août 2018

Italie : la Pharmacie des Incurables à Naples

Exemple parfait entre alchimie et modernité

Un lieu ancien datant du XVIe siècle, lorsqu'à Naples, le culte de la beauté était dominant. Une philosophie si répandue à l'époque, que même guérir les maladies les plus horribles devait avoir lieu au nom du bon goût. Un style de vie largement représenté par les majoliques, les larges escaliers, les chapiteaux et l'extraordinaire plafond présent dans les salles du complexe.

Unique en Europe et parmi les rares dans le monde restées intactes, l'extraordinaire Pharmacie des Incurables est annexée à l'Hôpital des Incurables à l'intérieur de la garnison du même nom dans le centre historique de Naples.  Il remonte à 1700, quand il a été décidé de remplacer l'ancienne boutique d'apothicaire qui datait des années 1500.

Voici un bon exemple de la rencontre entre la culture scientifique et l’humanisme à  Naples, qui témoigne de l’engagement culturel actif de la ville à l’époque des Lumières. La Pharmacie des Incurables se compose d’un salon et d’un petit laboratoire, les étagères contiennent des ampoules en verre de Murano, des vases en majolique peinte.

Il s’agissait d’une vraie pharmacie moderne, insérée dans un ensemble de salons et d'escaliers en marbre, pavés en majolique et gravés d’or, avec des sculptures en bronze et des meubles raffinés en noyer. Les niches contenaient des bocaux et des ampoules en verre dans lesquels il a été retrouvé des résidus de produits pharmaceutiques. En fait, il s’agit de préparations d’origine minérale ou animale, qui témoignent de l’ancienne tradition alchimique et ésotérique, avant le tournant vers la modernité prise par cette pharmacie et en général par les progrès scientifiques et médicaux de l’époque. 

La  fondation de la pharmacie a départagé la médecine illuministe de l’hôpital moderne, compris comme un lieu de soin et pas seulement comme un hospice. Dans la Pharmacie des Incurables, l’engagement du pharmacien chimiste signe la grande conquête de la médecine jusqu’à maintenant, souvent impuissante devant certaines maladies et développements imprévus : grâce au pharmacien, le médecin a pu finalement éradiquer des maladies très diffuses et périlleuses comme la syphilis et d’autres infections vénériennes. En pratique, l’avènement de la Pharmacie des Incurables a sonné le glas des prières comme antidotes aux pathologies et aux problèmes de santé de toute nature, et a commencé, en l’absence d’antibiotiques, à soigner avec des moyens appropriés et efficaces les désordres subis par les patients et les malades de Naples.

On venait donc y chercher la Santé.

(Photo de la Pharmacie des Incurables à Naples - Napolidavivere.com) : Du point de vue architectural, elle est de style baroque et rococo. A cette époque, elle représente un lieu prisé par l’élite scientifique du courant dit  « Illuminisme napolitain ».

Tour d'Europe

Jusqu’à sa fermeture, en 2000, la Pharmacie du Cerf à Strasbourg était considérée comme la plus ancienne pharmacie européenne : ce titre revient aujourd’hui à la pharmacie de la place de la Mairie à Tallinn, Estonie, qui daterait de 1422. Les anciens pays du bloc communiste ont conservé de nombreuses pharmacies jusqu’à l’ouverture au monde libéral. La Belgique, l’Espagne ont encore quelques pharmacies de style « Art nouveau ».

L’art pharmaceutique peut également se découvrir dans quelques musées : à Bâle en Suisse, Heidelberg en Allemagne ou Barcelone en Espagne, sans oublier Lisbonne au Portugal.

Au coin d’une rue dans un centre ville ou sur la place centrale d’un village, nous avons parfois la chance de découvrir une pharmacie aux allures d’antan. Environ 150 pharmacies françaises ont conservé une devanture ou un mobilier ancien, datant de la création de l’officine ou au plus des années 1950.

La Pharmacie Picon à Annecy (1898)

Si la vieille ville d'Annecy est évidemment réputée pour sa prison, son château et ses ruelles, elle doit également une partie de son charme à quelques boutiques aux façades anciennes, dont les noms évoquent bien des souvenirs à de nombreux habitants. Et si vous demandez à un Annécien où se trouve la Pharmacie Tapponnier, il y a de fortes chances qu'il ne sache pas vous répondre. En revanche, si vous voulez voir la Pharmacie Picon, pas de souci, il vous indiquera le chemin à suivre. Et pourtant, les deux n'en font qu'une.

Depuis la fin des années 1960, la famille Tapponnier est en effet propriétaire de la célèbre enseigne. Et "célèbre" n'est pas un euphémisme. «  Quand je suis à Lyon et que je dis que je suis pharmacienne à Annecy, on me demande immédiatement si c'est dans la belle boutique en bois de la vieille ville », s'amuse la femme de Thierry Tapponnier, l'actuel patron. D'ailleurs, cette dernière assure que la notoriété de l'ancestrale pharmacie, qu'elle ne porte pas comme un fardeau mais plutôt « comme un héritage », est un atout : « C'est clairement valorisant. C'est très joli et ça permet aux gens de nous identifier rapidement. » (article : lessorsavoyard.fr)

 (cf. Photo de couverture de cet article)

Si la coupe d’Hygie enlacée par le serpent est présente en plusieurs exemplaires sur la corniche, c’est le caducée d’Hermès, symbole du commerce qui est sculpté sur les côtés. La devanture réalisée par l’ébéniste italien Alexandre Furno a été inscrite par la ville d'Annecy le 28 décembre 1984 à la liste des monuments protégés.

C’est quoi un monument historique ?

Selon le ministère de la Culture, un monument historique est « un immeuble ou un objet mobilier recevant un statut juridique destiné à le protéger, du fait de son intérêt historique, artistique, architectural mais aussi technique ou scientifique ». Le Code du patrimoine, qui fait suite à loi du 31 décembre 1913 sur les monuments historiques, distingue deux types d’édifices, les classés et les inscrits : sont classés [...] « les immeubles dont la conservation présente, au point de vue de l’histoire ou de l’art, un intérêt public ». Les monuments inscrits rassemblent les « immeubles qui, sans justifier une demande de classement immédiat au titre des monuments historiques, présentent un intérêt d’histoire ou d’art suffisant pour en rendre désirable la préservation ».

Il y a 200 ans, les apothicaires rivalisaient avec les épiciers pour le monopole des remèdes.

Le cœur du métier, lui aussi, a changé. Le temps de l’apothicaire préparant la thériaque dans son arrière-boutique est fini depuis longtemps. L’exercice professionnel a évolué. Le développement de l’industrie change la nature même du métier de pharmacien et cette transition vers une époque moderne avec ses nouvelles technologies n’est pas toujours facile à appréhender. Le nombre d’officines a considérablement augmenté depuis l’ancien régime et la concurrence est rude.

Quand l'avenir est mis à l'épreuve, il peut être utile de se référer aux traces du passé.

(Quelques photos issues de mes voyages)

 

Sources :
napolike.com, napolipole.blogspot.com, lessordsavoyar.fr, artetpatrimonepharmaceutique.fr, wikipedia
Mots clés : pharmacie art officine france centre ville patrimoine histoire naples italie voyage culture grèce

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